VoltaireL'illustre Jean-Marie Bernard Clément décrétait dès 1785, dans ses Essais de critique sur la littérature ancienne et moderne  que " le français est la langue de Voltaire car sans lui, ce serait une langue déjà morte pour le reste du Monde". Il a tout à fait raison. J'oserais juste ajouter qu'aujourd'hui, elle est aussi devenue la langue de Dany Laferrière, de Gilles Vignault et d'Amadou Lamine Sall, pour ne citer que ceux-là.

Voltaire

De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est l'écrivain le plus célèbre de l'époque de Louis XV, dont il est nommé historiographe dès 1744. Sa réputation de « philosophe » et de pourfendeur de l'injustice et de l'arbitraire lui vaut de son vivant même une quasi-apothéose. Il est un homme qui a toujours été en avance sur son temps. Particulièrement dans l'affaire Calas, où il a fait preuve d'une insolente clairvoyance et qui, grâce à ses nombreuses lettres dont il inonde les personnages les plus influents du royaume, préfigure dès 1762, le réseau social.

L'affaire Calas

Le 10 mars 1762, Jean Calas, accusé d'avoir assassiné son fils était roué en place publique. L'affaire Calas, dénoncée par Voltaire comme le symbole du fanatisme et de l'intolérance religieuse bouleversait la vie toulousaine.

Le 13 octobre 1761, vers 22 heures, le jeune Marc Antoine-Calas, 28 ans, est découvert mort « pendu ou étranglé », dans le magasin de ses parents, au 16 de la rue des Filatiers, au cœur de la ville de Toulouse, en France.

Le capitoul du quartier, David de Beaudrigue, est chargé de l'affaire. Pour ce catholique fervent, la solution de l'énigme est claire : Marc-Antoine était désireux de se convertir au catholicisme et le coupable est tout désigné : « C'est le père qui a fait le coup ! ». Ce huguenot d'autant plus farouche qu'ils sont de plus en plus minoritaires à Toulouse n'a pas supporté ce projet de conversion et a donc assassiné son propre fils.

Bien que ne reposant sur aucune preuve, l'affirmation du capitoul apparaît comme particulièrement séduisante en cette période de reconquête des âmes par les catholiques. Elle est immédiatement acceptée.

C'est dans ce climat d'exaltation, d'exclusion, d’empressement et d'intolérance religieuse que va se dérouler l'instruction du procès. Et que, le 9 mars 1762, sera rendu un verdict sans surprise. On ne tarde pas, et le lendemain Jean Calas subit le supplice de la roue.

L'intervention de Voltaire

Pierre, un des fils de Jean Calas, exilé, se rend à Genève (alors ville calviniste) où il rencontre Voltaire, qu'un marchand marseillais avait prévenu de l'affaire. Il finit par le convaincre de l'innocence de son père. Le philosophe forme alors avec ses amis de Genève un groupe de pression, composée d'imminentes personnalités comme des pasteurs, des banquiers, des avocats, des gens de lettre, etc. Ce groupe s'évertue à obtenir des informations, à faire des recherches, à accumuler les preuves... et gère aussi les fonds envoyés par toute l'Europe. En quelque sorte un crowdfunding, financement participatif, avant l’heure !

En plus de tout cela, Voltaire se sert de sa plume pour attiser le débat et remporter l'adhésion de l'opinion publique. Il inonde de lettres les personnages les plus influents du royaume et de l'Europe entière. Il fait aussi écrire ses amis, sensibilisant ainsi à sa cause le ministre Choiseul ou Mme de Pompadour, son soutien de toujours.

Le réseau social se définit comme étant "un ensemble d'entités, telles que des individus ou des organisations, reliées entre elles par des liens créés lors d'interactions sociales, qui se représente par une structure ou une forme dynamique d'un groupement social". Par son action, le roi Voltaire arrive à créer, à inventer, l'un des premiers réseaux sociaux connus de l'histoire, parvenant même provoquer un savoureux buzz "bourdonnement".

En 1764, l'enquête est officiellement réouverte et le capitoul qui avait farouchement accusé Jean Calas est destitué de ses fonctions.

En 1765, Voltaire réussit à faire réviser le procès et Jean Calas est proclamé innocent. Le 9 mars, lui et sa famille sont finalement réhabilités devant la cours du roi et devant 80 juges. Les membres de la famille Calas reçoivent une pension de 36000 livres du roi.

Max Jean-Louis