Le Figaro

L'engouement pour la langue de Molière redouble depuis deux ans à Big Apple.

Sautillant par-dessus les flaques de neige fondue, Auden, une écolière de 7 ans, avance sur le chemin de l'école en égrenant ses «mots de français de la semaine»: «j'ai», «je pense», «je croi», «quand», «où» et «parce que»! En «second grade» (CE1), Auden suit depuis trois ans le programme bilingue français-anglais de son école publique à Brooklyn. Dans quelques minutes, à 8 h 30, elle prendra place avec une vingtaine d'autres enfants dans la classe de son instituteur, Kevin Goetz. «L'objectif, explique l'enseignant, est d'instiller la confiance chez de petits anglophones.»

 

Auden et ses camarades ne sont pas un cas isolé à Big Apple: au même moment, mille élèves de maternelle, primaire et secondaire répètent le même cérémonial. Ils seront 1.300 à la prochaine rentrée scolaire. «L'engouement redouble depuis deux ans», note Antonin Baudry, attaché culturel de l'ambassade de France aux États-Unis, selon qui «l'apport du multilinguisme est aujourd'hui avéré», accentuant l'ouverture des enfants bilingues sur le monde et une sollicitation intellectuelle supérieure. «Cela ouvre l'esprit, abonde Léa Joly Sloan, une maman franco-américaine de l'école PS 110, et permet de se sentir partie de quelque chose de spécial et d'important», avec des familles venues d'horizons très divers.

 

«La valeur ajoutée de ces programmes n'est pas la réussite immédiate de l'élève, mais la consécration ultérieure de ses efforts, précise Kevin Goetz. Ceux qui surmontent leur appréhension sont ceux qui plus tard réussiront.» Message entendu, à en juger par la demande croissante d'enseignement du français aux quatre coins du pays: à Boston, Los Angeles, mais aussi en Floride, chez les mormons de l'Utah et jusqu'en Alaska, sans oublier la Louisiane et de La Nouvelle-Orléans.