Photo Devillers light









Avant l’arrivée de Christophe Colomb, l’ile d’Hispaniola fut divisée en cinq caciquats : le Marien, la Magua, la Maguana, le Xaragua, le Higuey.

Toi Guacanagaric, tu dirigeais le caciquat du Marien qui comprenait toute la partie nord-ouest de l’ile. Ce caciquat était divisé en 14 nitaínos.

Toi dont le nom en langage taino signifiait l’Ainé ou encore Grand Prophète. On dit d’ailleurs que tu eus la vision de la venue du Guamineka (l’homme blanc).

Tu fus le premier à rencontrer Christophe Colomb, le 22 décembre 1492. A l’arrivée des colons espagnols, tu rêvais de paix et de fraternité.

Toi, qui pleuras quand la Santa Maria fit naufrage à tel point que tu envoyas des secours le lendemain pour sauver les effets du navire.

Avec tes cadeaux, tu reçus les colons. Tu offris ton hospitalité à l’Amiral qui s’étonna de trouver tant d’affabilité, tant de dignité, tant d’humanisme dans un soit-disant « sauvage ».

Tu leur cédas  un terrain pour construire un fort appelé «La Nativité» avec les restes du Navire.

Mais ces colons espagnols ont profité de ta confiance pour occuper tes terres, fonder une colonie d’exploitation et réduire les siens en esclavage. De ton territoire, ils partirent attaquer les autres caciquats. Ils volèrent ton or, forcèrent ton peuple à travailler et les tuèrent.

Tu compris la situation, tu réussis à rassembler autour de toi 250.000 tainos et ainsi tu attaquas les Espagnols en mars 1495 mais hélas…tu fus défait.

Toi, l’ami fidèle des Espagnols, grand pacificateur. Tu fus tellement dégoûté que tu te retiras dans nos montagnes pour finir ta vie dans la honte, le chagrin et la misère.

Toi Guacanagaric, incompris de l’histoire, mal-aimé de l’ile, on te traita à travers les siècles de naïf, de faible, de traitre…mais l’humanisme, l’amitié et l’amour de la paix sont-ils des crimes ?

521 ans plus tard, Guacanagaric, ton pays, ta terre, en tout cas en sa partie occidentale, est toujours sous tutelle. Les Guamineka sont toujours là. Tes fils et filles naissent, vivent et meurent toujours sur l’ile sans vraiment l’habiter. Beaucoup n’ont l’impression que d’y passer. C’est ainsi qu’il n’y reste qu’une maigre couverture végétale. Le pays, la terre est à genoux !

Depuis 1804, le peuple a « trouvé » d’autres Espagnols, des hommes et des femmes à qui ils ont confié leur confiance, leur espoir d’un pays sur les rails du progrès. Mais le plus souvent, nous avons été trahis.

Guacanagaric, avant qu’il ne soit trop tard, nous devrons nous ressaisir, convoquer les Etats Généraux d’Ayiti pour repenser la patrie et panser la nation.

Mais tout d’abord, nous devrons mettre au frigidaire, nos petits intérêts mesquins et l’esprit de couloir pour enfin donner naissance à ce pays dont tu as tant rêvé, dont tu as tant voulu pour nous, tes fils et filles.

 

 

 Max Jean-Louis

Photo des pétrolgyphes de Foulon, prise par Carole Devillers à Sainte-Suzanne