Me voici en Haïti, 6 mois après le terrible séisme du 12 janvier 2010. Cette date ou 35 secondes ont suffit pour anéantir des centaines de milliers de vies, pousser des millions de gens dans la rue suite à l'effondrement de leur maison et briser des rêves si longtemps chéris...J'avais hâte de retourner dans mon pays...

Depuis l'atterissage, on peut entrevoir une ville qui n'en n'est pas une, un ensemble profondément meurtri, un espace qui nous plonge à la fois dans nos pires cauchemars et une profonde tristesse.

En se rapprochant de la piste, Port-au-Prince, se révèle à nous comme elle est, sans se cacher, sans détours, sans un mot. Nous sommes loin des écrans plats qui occupent nos salons, nous sommes loin des photos prises sous la hâte, des reportages théâtralisés, du buzz...Nous voici confronté brutalement à la dure réalité qui nous tombe sur la tête...

La ville se révèle, de loin on aperçoit, le Palais National, ou ce qu'il en reste. On voit aussi une façade de la cathédrale, la tour du bicentenaire, elle restée intacte comme pour nous rappeler que l'histoire n'est pas finie et qu'il faut continuer à vivre et écrire de nouvelles pages...

Cathédrale de Port-au-PrinceQui l'aurait cru ? Quel haïtien aurait pensé que le pays serait dans ce état un jour. Les esprits de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines, de Pétion, d'Emile Saint-Lot, de Dumarsais Estimé doivent être plongés dans une seconde mort...Qui l'aurait cru ? Port-au-Prince...la capitale de la Perle des Antilles, la ville coloniale la plus riche d'antan et plus proche de nous la ville touristique prisée dans les années 80. Qui l'aurait cru ? Port-au-Prince, ce coin unique avec ses villes avoisinantes, ses commerces, ses anciennes maisons...

Plus de 300 000 morts on péri ce jour-là. Des promotions entières sont disparus dans des universités, dans certaines écoles...des familles ont péri, des enfants se sont retrouvés orphelins...les morts jonchaient les rues...Port-au-Prince...

C'est donc cela la vie ? Nous, Hommes qui pensons que tout était fait par nous et pour nous...eh bien non ! Nous sommes des êtres fragiles, précaires et à n'importe quel moment, nous pouvons devenir sans vie délaissant nos grandes maisons, nos richesses accumulés, notre arrogance, notre snobisme envers les classes plus basses que les nôtres, notre individualisme, notre « chacun pour soi »...toutes ces vanités que nous chérissons tant. La vie.

La ville se révèle. A coté de l'aéroport, vers « la route neuve », non loin de Cité Soleil, on peut voir des dizaines de tentes improvisées, des poteaux de bois...des maisons désabusées...et des Hommes. Les Hommes. La vie. L'avenir

La ville se révèle, Port-au-Prince, capitale de la 1ère République Noire du monde est blessée. Elle a pleurée des mois durant, mais elle commence à sécher ses larmes. Le soleil se lève. La ville se révèle. L'avenir reprend place.

Max Jean-Louis Ambassadeur de la Francophonie des Amériques